C’est tellement rare qu’il convient de le signaler.
Mercredi 1 Novembre, à 9 h, une messe sera célébrée en l’église de Gourbit.
Article dans Libération
Cela touche aussi Gourbit et la restauration de son église
Faut-il restaurer les églises? Pour les maires, la croix et la bannière – Libération (liberation.fr)
Autorités religieuses et élus tentent d’imaginer de nouveaux usages pour sauver des édifices de plus en plus désertés, à la rénovation coûteuse pour les communes, propriétaires de la plupart des clochers français.
publié le 19 octobre 2023 à 19h46
Garder l’église au milieu du village. Soit, mais à quel prix ? Et pour quoi faire ? Longtemps taboues, ces questions se posent avec de plus en plus d’insistance. Elles hantent des milliers de maires qui remuent ciel et terre pour boucler le financement d’un ravalement, d’une nouvelle toiture ou d’autres chantiers plus coûteux encore. Les parlementaires et les autorités religieuses viennent de se saisir du sujet. Chacun de leur côté, ils en arrivent aux mêmes conclusions : pour rendre acceptables les investissements nécessaires à la sauvegarde du patrimoine religieux, il faudra encourager sa «resocialisation», imaginer de nouveaux usages pour les bâtiments désertés.
Quand il n’y a plus d’école, plus de bistrot ni d’épicerie, il reste l’église à laquelle, tous les élus en témoignent, les villageois restent profondément attachés, même s’ils n’y mettent jamais les pieds. Mitterrand l’agnostique l’avait bien compris : sur son affiche mythique de 1981, sa «force tranquille» se déploie devant un modeste clocher de la Nièvre. Dans les petites communes où les habitats ne se comptent que par centaines d’habitants, l’entretien de l’église est l’une des dernières compétences du maire, toutes les autres relevant désormais des intercommunalités. A part quelques funérailles et la célébration annuelle de la fête du village, rares sont celles qui restent utilisées.
Celles où l’on dit encore la messe, dans les métropoles ou les chefs-lieux de canton, ne sont pas épargnées par cet effondrement. Selon l’Ifop, 6,6 % des Français se disaient encore catholiques pratiquants en 2021. En vertu du texte fondateur de la laïcité, les communes sont propriétaires de toutes les églises construites avant 1905. Soit au total près de 40 000 édifices. Les autres, environ 2 000 bâties depuis cette date, sont propriétés des diocèses. En nationalisant ce gigantesque patrimoine dans la douleur, la République a paradoxalement contribué à sa préservation. Car si l’Eglise en était restée seule propriétaire, tributaire des dons de fidèles de plus en plus rares, il est clair qu’elle aurait dû se résoudre à en vendre une bonne partie.
Les nouvelles contraintes budgétaires – baisse des dotations et coût de la mise aux normes bas carbone – sont en train de changer la donne. Partout, les maires tirent le signal d’alarme. Au ministère de la Culture, Roselyne Bachelot a vu déferler entre 2020 et 2022 les appels aux secours. Selon elle, il faut se rendre à l’évidence et reconnaître que la collectivité – et donc le contribuable – ne va plus pouvoir payer l’entretien de 40 000 bâtiments. Dans le livre qui raconte son expérience à la tête de ce ministère (682 jours, Plon), elle affirme qu’il faudra faire tomber quelques clochers, notamment les nombreux édifices néogothiques du XIXe, souvent fragiles et sans intérêt architectural. Ces propos sacrilèges lui ont valu un déluge de condamnations, l’extrême droite n’étant pas loin d’y voir un crime «wokiste» contre la fille aînée de l’Eglise. Les rares cas de destructions, rendus incontournables pour cause de risques d’effondrement, servent de prétexte à des manifestations intégristes. On l’a vu le 31 juillet à La Baconnière, en Mayenne. Dans son clip de campagne présidentielle, Zemmour avait incrusté des images de démolition de l’église Saint-Jacques d’Abbeville (Somme) pour illustrer «la disparition de notre civilisation».
Corapporteur de la mission d’information qui s’est saisie du sujet l’an dernier, le sénateur Pierre Ouzoulias (PCF) ne veut pas entendre parler de destruction. Lui, communiste, conservateur du patrimoine catholique ? «Je m’intéresse aux églises parce que je m’intéresse au commun», précise-t-il à Libération. Il se souvient de son grand-père, maire PCF d’un village de Haute-Corrèze, qui a «passé sa vie à entretenir son église». Selon Ouzoulias, le risque d’abandon des édifices non protégés constitue «un vrai défi sociétal». D’ici à 2030, il estime qu’entre 2 500 et 5 000 églises pourraient disparaître. L’état d’abandon encourage les pilleurs : sur le Bon Coin, on vend des ciboires et des calices, voire des confessionnaux en chêne massif. Aider les communes ne suffira pas.
Le rapport sénatorial estime que le sauvetage passe par «la réappropriation des édifices». Il propose de promouvoir des activités «compatibles» avec l’affectation cultuelle. Certaines sont déjà courantes : concerts, expositions, actions caritatives. D’autres pourraient être envisagées : épiceries solidaires, marché paysan, bibliothèque, salle de travail pour les écoliers, îlot de fraîcheur, etc. Ouzoulias raconte qu’un maire de son département lui a récemment rapporté qu’une famille endeuillée et non croyante avait exprimé le souhait de se rassembler dans l’église, la plus grande salle du village, pour rendre hommage au défunt. Impossible, a jugé le curé. On touche là aux limites de «l’usage partagé».
Sans l’accord des autorités religieuses, le maire, tout propriétaire qu’il soit, ne peut rien entreprendre. Dans les diocèses, des «commissions de discernement» vérifient que l’activité proposée est bien compatible avec la vocation de l’église. Tandis que la plupart de leurs aînés trouvent naturel que le dernier mot revienne au curé, les jeunes élus s’en étonnent. Audrey Boché, maire d’Allonville (Somme), village de la périphérie d’Amiens, trouve «sidérant» qu’il faille l’autorisation du clergé pour organiser un concert. Elue en 2020, l’une de ses premières décisions aura été d’ordonner la fermeture pour «péril imminent» de l’église Saint-Jean-Baptiste, privée de messe dominicale depuis des années. Elle frappe à toutes les portes, région, département, mécénat, pour assurer le financement des travaux. Il y en aura pour 1,5 million d’euros. Même s’il ne reste à sa charge que 20 % des travaux, cela reste hors d’atteinte pour les finances du village. Que faire ? Envisager une désacralisation ? Installer une bibliothèque, un espace culturel, une micro-crèche ou autre service «compatible» ? La maire envisage d’interroger ses plus de 700 administrés par référendum.
En Mayenne, le nouveau maire de Saint-Poix, Clément Beucher, aurait, lui aussi, très envie de «faire revivre» son église Saint-Paterne. La fondation du patrimoine et l’Etat participent aux importants travaux nécessaires à son sauvetage. Mais l’élu avance prudemment. Surtout, ne pas heurter les catholiques locaux qui, depuis plus d’un siècle, ont fait de cette église un lieu martyr de l’anticléricalisme. Sur la porte principale, ils conservent religieusement les stigmates des coups de hache portés en 1906 par les gendarmes venus procéder à l’inventaire des biens du clergé.
Nouvel élu lui aussi, le maire de Bonnesvalyn (Aisne), Stéphane Frère, veut revigorer l’église communale. «On ne peut pas faire n’importe quoi, bien sûr. Mais les églises ont toujours accueilli du monde. N’était-ce pas, autrefois, le lieu de regroupement naturel des villageois en cas de péril ou de menaces ?» Quelque 700 000 euros devront être investis pour rénover Saint-Martin, fermée pendant vingt ans pour cause de péril. Le classement au titre des monuments historiques de cet édifice roman donne accès à l’aide de l’Etat. Avec la Région et le Département, 90 % du financement est assuré. Mais le reste à charge, 70 000 euros, reste «colossal» pour un village d’environ 250 habitants. Stéphane Frère, qui se définit comme politiquement proche de Ruffin, a roulé à vélo jusqu’au Vatican pour récolter des dons. Mi-septembre, il était encore loin du compte.
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Séduite par sa démarche, la Conférence des évêques de France a choisi Bonnesvalyn pour lancer, mi-septembre, les «Etats généraux du patrimoine religieux». Cette longue réflexion sur «la valorisation du patrimoine» devrait se conclure fin 2024 dans la cathédrale Notre-Dame de Paris reconstruite. Coordinateur de cette entreprise, le père Gautier Mornas définit ce patrimoine comme «bien commun» de tous les Français. Jovial et facétieux, le prêtre est à deux doigts de bénir la loi de 1905 : ne rend-elle pas gratuitement accessible, avec ces 40 000 églises et la multitude d’objets classés qu’elles renferment, «le plus grand musée de France» ? Ces Etats généraux seront l’occasion de recenser «les usages compatibles» déjà expérimentés : «On ne restaure pas une église pour qu’il ne s’y passe rien. Elle doit redevenir lieu de vie sociale.»
Reportage
3 janv. 2023abonnés
Il faudra donc, ajoute-t-il, «inventer de nouvelles compatibilités». A cet appel à projet, le père Mornas met toutefois une limite : rien de politique ne peut avoir lieu dans une église. Le maire de Cizancourt, minuscule commune de la Somme (39 habitants), en a fait l’expérience. La façade de briques de sa toute petite mairie ayant été défoncée par un chauffard, il lui paraissait naturel d’organiser l’élection présidentielle de 2022 dans son église, construite après que le village fut rasé durant la Première Guerre mondiale. Pour l’isoloir, le confessionnal ferait, pensait-il, l’affaire. Le Conseil constitutionnel n’a pas apprécié : estimant que le déroulement du scrutin dans ce lieu de culte «portait atteinte à la sincérité du scrutin», il a annulé les suffrages de Cizancourt.
Même déconvenue à Emiéville où le préfet du Calvados, saisi par l’évêché, a annulé la réélection du maire sortant après les municipales de mai 2020. En pleine épidémie, gestes barrières obligent, l’édile avait convoqué son conseil municipal dans l’église communale, en négligeant de solliciter l’autorisation du curé. Le diocèse de Bayeux n’a pas apprécié. Pas de politique dans l’église ? La règle souffre de quelques exceptions. C’est avec l’accord du curé que le maire de Brangues (Isère), Sylvain Granger, a réuni les villageois dans l’église pour leur présenter ses vœux, le 28 janvier. Dans le village, aucune autre salle ne pouvait accueillir les 150 personnes. Et le maire voulait que les habitants profitent des travaux de rénovation financés par la mairie et par un appel aux dons.
La resocialisation a ses limites. Ce qui est acceptable pour un diocèse ne le sera pas nécessairement dans un autre. Et il faut aussi compter avec les intégristes, qui trouvent là un excellent terrain d’agit-prop. Devant l’église de Carnac (Morbihan), des militants de Civitas – dont Darmanin a demandé la dissolution – ont empêché manu militari le concert d’une organiste américaine au motif que son œuvre «portait atteinte à la dimension sacrée du lieu». Le diocèse de Vannes avait pourtant donné son feu vert. Comme celui de Bayonne a donné le sien à la création d’un «escape church» dans l’église Saint-Barthélemy de Laàs (Pyrénées-Atlantiques) qui menaçait de tomber en ruine. Le maire, Jacques Pédehontaà, également vice-président du conseil départemental, parie que les recettes de ce jeu à énigmes tirées de la Bible permettront de rembourser une partie de l’emprunt souscrit pour les travaux de rénovation.
Certains paroissiens locaux se méfient de ce maire. Outre son église, ce village de 140 habitants possède aussi une petite chapelle millénaire, désacralisée depuis des décennies et rachetée par la mairie alors qu’elle était en ruine. Pédehontaà en a fait un petit cabaret (formule repas-spectacle à 70 euros), ignorant les protestations de ceux qui y voient une profanation. Le clergé n’avait en l’occurrence pas son mot à dire. Mais les «désaffectations» restent rares : à peine plus de 225 cas depuis 1905, selon Gautier Mornas. L’église Saint-Nicaise de Rouen est un cas des plus remarquables. Lancé par la mairie, un appel à projet a été remporté par trois jeunes brasseurs normands. Ils ouvriront en 2027 une immense «église-brasserie» avec bars, restaurant et musée, le tout pouvant accueillir jusqu’à 800 personnes. Il est vrai que la bière est devenue l’alcool préféré des Français, mais on peut tout de même douter que cette conversion fasse école.
La lessive de la Saine Agathe
Les gourbitoises faisaient deux grandes lessives traditionnelles par ans, Cela ne les empêcher pas d’en faire des petites tout le long de l’année, mais elles évitaient de se livre à se travail pour la Sainte Agathe (le cinq février) sous peine de malheur. Cependant, si l’on passait outre à cette interdiction, il convient de prendre certaines précautions voilà ce que rapporte la légende à ce sujet.
Il était une fois une Gourbitoise qui bravant l’avertissement de l’église, fit sa lessive le cinq février. Pendant qu’elle s’activait dans son évier, elle vit entrée un homme dans la cuisine. Il était vêtu d’habits de pèlerin : c’était jésus-Christ.
— Santo Agato gatarà. E la ruscado se fera (Sainte Agathe chattera. Et la lessive se fera.
Aussitôt que la lavandière eut prononcée ces paroles, Jésus se transforma en un gros chat, aussi noir qu’un corbeau. Il monta sur le buffet et se mit à surveiller tous les gestes de l’impertinente. Le chassant de tous côtés, la lavandière n’arriva jamais à faire sortir ce chat de la maison. Apeurée par la diablerie de la bête, elle alla trouver le curé de Rabat et lui conta sa mésaventure.
Revenue chez elle, la femme suivit les directives du curé : elle cria la formule au feu. Aussitôt le chat noir partit à fus vers le cimetière ; mais il revint au moment ou le dernier chaudron allait être versé sur le linge. A sa vue la Gourbitoise vida prestement le contenu d’eau bouillante à terre et s’assit dessus le chaudron renversé en regardant fixement le chat.
— Tu as bien fait, lui dit le chat noir, car sans cette précaution, il allait t’en cuire.
En effet, sans les bons conseils du curé, selon la croyance populaire :
« La femme ayant fait sa lessive à la Sainte Agathe se retrouvait ébouillantée par l’eau du dernier chaudron. »
Paulette Laguerre
La transhumance
Mes enfants du temps de mes parents, la vie était très dure dans nos montagnes, aussi au printemps, les hommes du pays quittaient leurs villages pour monter travailler dans la montagne. Il y avait les « carbognés » comme on nommait ceux qui produisaient du charbon de bois dans les forêts, complètement noir de la tête aux pieds. Les bûcherons montés sur des mules, reconnaissables à leur hache sur leurs épaules. Tous ces hommes vivaient de la montagne.
Dans un vallon encadré de forêts de sapins et de hêtres, (le lac d’Artax n’existait pas encore à cette époque) se trouvait un vert et riche pâturage où les habitants de Gourbit et d’autres villages avoisinants envoyaient leurs troupeaux paître tous les ans à la belle saison. Lorsque toutes les bêtes étaient réunis pour monter la-haut, la ramado (troupeau) était confiait pour plusieurs mois à la garde d’un berger qui ne redescendrait qu’aux premières neige. A l’époque de mon histoire, c’était Firmin, du village de Gourbit, qui vêtu de sa grande houppelande de laine des Pyrénées et de ses guêtre en peau de mouton, avait prit à la fin avril, la tête de la ramado avec son chien. Jeune et intrépide le Firmin faisait le désespoir du curé par son impiété et les paroles de blasphème sortant de sa bouche. Mais, chut je vais vous raconter son histoire.
La légende du lac d’Artax
Un cop ! Sur les crêtes à la limite du bois et le début des alpages, Firmin un berger de Gourbit gardait son troupeau, assis sur une pierre. Tout au tour de lui ses bêtes broutaient de bon appétit l’herbe grasse et les feuilles de réglisse abondantes à cet endroit. Firmin restait très vigilant, l’œil aux aguets, Son bâton ferré à la main car l’ours rodait dans les parages. Heureusement l’automne approchait, bientôt il redescendrait au village passé l’hiver.
Le matin, Berthe la promise du berger lui fit la surprise d’une visite, elle était venue lui porter « unô tempardô é unn chicott dé salcissot »
— Vous n’avez pas compris ? C’est de notre patois Ariégeois que parlaient nos parents. Elle lui apportait tout simplement une crêpe de blé noir et un morceau de saucisson.
Le temps, ce jour là était orageux et la chaleur suffocante. Vers midi au soleil, le berger et sa promise partageaient le repas, assis à l’ombre près de la source de Fonfréde (les gens du pays nommaient ce lieu ainsi car à cet endroit sortait une source très fraîche).
Franchissant péniblement les derniers rochers, apparurent un vieil homme à la longue barbe, à la main un bâton de buis. Le pèlerin semblait épuisé, la sueur coulait sur leur visage. Il n’avait pas mangé depuis deux jours et les réserves d’eau qu’il avait emmené avec lui se trouvés épuisés. L’homme s’approcha du couple. Arrivé à leur hauteur, il demanda au berger, ce que nul n’aurait refusé à de pauvre marcheur à cette heure de l’été :
— Brave homme veux-tu me prêter ton écuelle pour prendre un peu d’eau à la source afin d’étancher ma soif, demanda Saint Pierre.
Eh ! Oui ! Vous avez bien entendu, autrefois le seigneur Jésus ou le grand Saint Pierre venait dans ce monde se rendre compte si les hommes n’oubliaient pas la charité. Cette année là, Saint Pierre avait choisi les Pyrénées ariégeoises.
Mais le berger ignorait à qui il avait à faire, furieux d’être dérangé, d’avec sa goujàto, (sa fiancée) eut un réflexe regrettable. Alors que dans nos villages de montagnes l’hospitalité est un devoir sacré envers le voyageur égaré, Firmin répondit en colère : je vais vous le dire en patois :
« Bébetz andé la ma ou comô las bàco »
— Buvez avec la main ou comme les vaches.
Les yeux de Saint Pierre s’embrumèrent, mais son visage resta impassible, quand il annonça :
— Je ne boirais pas à cette fontaine et je ne me reposerais pas non plus à l’ombre de ce bois, mais dorénavant plus personne ne le fera.
Firmin éclata de rire.
— Et la Berthe ! Tu as entendu ? Le soleil a tapé sur la tête de ce pauvre fadàs.
Ne l’écoutant pas Saint Pierre s’adresse à Berthe :
Saint Pierre replaça sa besace sur l’épaule et reprit son bâton noueux et se perdit dans les rochers. Mais il n’alla pas loin de là.
Berthe hésita un instant puis, prise de peur, elle s’enfuit. Arrivée sur les crêtes, elle entendit un grand bruit de tonnerre, la terre trembla sous ses pieds. La peur au trousse, elle lâcha sa cruche de lait qui se brisa et courut vers le col.
Le vent souffla de plus en plus fort dans les arbres, les craquements des branches se mêlaient aux bruits des animaux sauvages. Soudain, Firmin fut entouré sans interruptions d’éclairs éblouissants, et assourdit par le fracas du tonnerre amplifié par l’écho que renvoyaient les montagnes entre elles. Sous ce déluge de feux, les moutons affolés partaient dans tous les sens. Epouvanté Firmin et son chien entrèrent pour se protéger dans la cabane de branchages, recouverte de terre.
Un bruit infernal se répercuta de rochers en rochers la montagne se fissura de toute part. Des trombes d’eau, de roches dévalèrent les pentes emportant tout sur leur passage, transformant la « jasse » en étang d’eau noire comme de l’encre. Berger, chien, montons et forêt y furent engloutis.
A ce bruit de cataclysme, la Berthe toujours sur les crêtes, ne put résister à la curiosité, oubliant l’avertissement que lui avait donné l’étranger, elle se retourna, et fut instantanément figée pour toujours dans la pierre.
Ce lac maudit resta de longues années le territoire des crapauds et salamandres. Les bergers qui conduisaient leurs troupeaux en transhumance dans les parages, évitaient de s’en approcher. En 1935 une première opération d’alevinage s’était soldée par un échec et les montagnards évoquèrent cette malédiction de Saint Pierre
Si maintenant vous allez passer la journée au lac d’Artax, et depuis quelques années pêcher, sachez que pendant des siècles, les gens du pays crurent ce lac maudit. Il n’y a jamais eu de poisson. Autre phénomène incroyable, Sur ses bords naissent tous les ans, des milliers et des milliers de têtards, mais rarement on aperçoit une grenouille, ou un crapaud.
Lorsque les intrépides marcheurs grippent vers les crêtes qui entourent le lac, ils peuvent une fois parvenu au sommet, voir dans ses eaux noires, une cinquantaine de troncs d’arbres encore intacts et dressés comme des mâts de bateaux. Des bergers affirment avoir entendu certains soirs les cloches des moutons sonner. D’autres les soirs d’orage, des gémissements humains à intervalles des coups de tonnerre. Le curé affirmait que c’était l’âme de Firmin qui réclamait des messes.