Ces passionnés de Préhistoire veulent vivre en autonomie dans la forêt en Ariège

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Ces passionnés de Préhistoire veulent vivre en autonomie dans la forêt en Ariège (18h39.fr)

Emmanuel Chirache – Publié le 9 juin 2021

MASOS DU MESOLITHIQUE – Robin et Pauline veulent retrouver une vie sauvage de chasseurs cueilleurs et mettre à l’honneur les savoir-faire ancestraux dans l’Ariège.

Article mis à jour le 5 novembre 2022

« Pendant que vous m’appelez, je suis justement en train de tanner, et je porte un casque ». Si on avait un doute sur l’authenticité et l’engagement de la démarche de Robin, 30 ans, celui-ci est vite balayé. Lui et sa compagne Pauline ne font pas semblant : ils vivent leur passion pour le mode de vie chasseurs-cueilleurs de façon pleine et entière. Chaque jour, le couple pratique donc des artisanats ancestraux dans la nature ou dans une yourte : tannage, vannerie, poterie, taille de silex…

C’est à Thouars, dans les Deux-Sèvres, que Robin et Pauline se sont installés, sur le terrain d’un autre couple passionné de Préhistoire, rencontré lors d’un rassemblement spécialisé en Allemagne. Ici, on aime les savoir-faire dits ancestraux, ceux hérités du Mésolithique (le mode de vie chasseurs-cueilleurs, pour schématiser) et du Néolithique qui lui succède (invention de l’agriculture, de la pierre polie et de la poterie notamment), mais on
ne vit pas non plus totalement comme à la Préhistoire.

Pragmatiques, les deux couples ne veulent pas vivre hors réseau, ils sont connectés à l’électricité, à l’eau courante et à Internet (en bas débit !), vont même au marché et au supermarché pour acheter des produits qu’ils ne peuvent produire eux-mêmes. « Le but n’est pas d’être autonomes à 100%, confie Robin. Nous voulons surtout nous débrouiller seuls au maximum dans la nature. Mais le confort technologique, un briquet, une lampe torche, c’est bien aussi ! Il faut bien commencer quelque part avant de partir dans la forêt et de tout faire soi-même. »

« C’est triste de devenir décroissant à contrecoeur »

Originaire de Gironde, Robin a grandi en zone périurbaine de Bordeaux, dans un village constitué presque entièrement de forêt. Alors la nature, il connaît. « J’ai toujours aimé aller dans la forêt, ensuite ça s’est fait progressivement. J’ai voulu savoir comment me débrouiller, comment fonctionne la botanique, et petit à petit on s’intéresse logiquement au Néolithique et au Mésolithique. » A l’époque déjà, cet intérêt pour la Préhistoire prenait pour lui un tour écologiste. « Quand j’étais petit, on se moquait des écolos ! Aujourd’hui, ça a bien changé ».

Pourtant, c’est d’abord la passion qui a motivé Robin, et pas la crainte d’un effondrement imminent. « Toutes les civilisations de l’histoire se sont effondrées, je ne sais pas quand la nôtre se terminera, peut-être dans 5 ans, peut-être dans 200 ans, je crois que ça peut durer encore longtemps… C’est triste de devenir décroissant à contrecoeur, moi je fais ça par passion pour la nature, pour les artisanats anciens. J’aime bien bousculer les clichés aussi, les hommes préhistoriques n’étaient pas écolos ! »

Des études récentes démontrent en effet que l’homme du Néolithique exploitait déjà la nature et avait un impact important sur son environnement. Robin, qui souhaite apprendre à chasser à l’arc très bientôt, en est bien conscient : « On ne veut pas sanctuariser la nature comme certains veulent le faire pour la sauver, on veut vivre à l’intérieur ! C’est un peu une défaite d’imaginer que la nature ne peut survivre que sans l’homme. Alors oui, tout le monde ne peut pas et ne devrait pas vivre comme nous, mais on compte sur le fait que ça ne concerne qu’un tout petit nombre de gens. »

Des archéologues font appel à eux pour des expériences

Pour chasser à l’arc, il faudra déménager : les Deux-Sèvres sont trop habités, notamment par des agriculteurs, pour qu’une telle chasse puisse être pratiquée. Direction l’Ariège dans quelques jours donc, où le couple veut construire une hutte, mais aussi créer une zone d’exposition à ciel ouvert, capable d’accueillir des stages d’artisanat et de survie. « On veut fabriquer un endroit vivant, qui soit capable d’inspirer les gens, notre association s’appelle bien Inspiration sauvage ! »

Il faut dire que Pauline et Robin ont tant accumulé de pratique et de connaissances qu’ils se professionnalisent. Des musées font appel à leurs reproductions et leur donnent la parole, des archéologues leur confient des expériences en conditions réelles afin d’approfondir leur science de ces techniques ancestrales, encore parcellaires. « C’est une fierté, de voir qu’on est pris au sérieux par des chercheurs », confie Robin.

Installés au Mas-d’Azil depuis juin 2021, Robin et Pauline proposent notamment des ateliers de poterie, de tannage, de vannerie, de taille de silex, pour environ 285 euros les trois jours sur place en Ariège. Dans la boutique de leur site Internet, vous pourrez aussi commander des bijoux, des poteries, des buckskins [de la peau effleurée tannée au gras et à la fumée] ou des outils en silex, si cette période et la vie en autonomie vous intéressent. Après ça, vous pourrez dire que la sobriété n’a pas de secret pour vous !

1 jour – 1 légende

le cimetière

La « Dame à la faux », était redoutée de tous. Cela fit planer de tout temps,  peurs, superstitions,  dans la vie quotidienne de nos ancêtres « , nombre de croyances primitives y ont pris naissance et persisté au travers les légendes, des veillées, pour qu’encore certain cérémonial ou superstitions soit encore  perçus  de nos jours.

Au cours des siècles les traditions changent. Beaucoup d’entre-vous ont assisté à un enterrement dans nos cimetières. Peut-être avez-vous jeté une poignée de  terre sur le cercueil ? Maintenant nous voyons apparaître les fleurs  à la place de la terre. Mais qu’en était-il à l’origine et combien d’entre-vous connaisse  l’origine de cette tradition ?

Les morts et le blé

Cette tradition remonte à la nuit des temps. Déjà dans les tombeaux des pharaons l’on retrouve du blé

Aux alentours de 3000 av. J-C. Le pain est déjà une nourriture sacrée. Il accompagne la dépouille mortelle en offrande à Anubis, dieu des morts.   Avant J-C, le pain était déjà associé à une forme de spiritualité puisque les hommes du Néolithique conservaient leurs morts et leurs grains dans les mêmes fosses, établissant ainsi un lien entre les céréales et l’au-delà.

Les Romains avaient également coutume d’offrir des pains aux défunts et cette tradition s’est propagée en Gaule. Actuellement encore, les habitants de certaines régions offrent aux enterrements le pain bénit des morts.

D’après certain récits de nos arrière-grands-parents, chaque famille allait cueillir la veille de la Saint Jean à l’aube, une gerbe de blé, que l’on gardait précieusement à l’abri de la poussière et des rongeurs. Ces épis ainsi égrenés servaient les jours d’enterrement à jeter sur les cercueils. 

Chez nos arrière-grands-parents, les caveaux étaient très rares. La   mise du cercueil en place, était  ponctuée par les bénédictions. Chaque membre de la famille, suivit par les amis et voisins jetaient des pelletés de terre sur le cercueil. Par ce geste, que généralement beaucoup de personnes font, lorsque leur conjoint, ou un ami ou une connaissance, a été déposé dans la fosse, signifiait l’œuvre de miséricorde: « Ensevelir les morts ».

 Chacun avait à cœur de jeter de la main gauche trois pelletés de terre sur la tombe. Il ne fallait surtout  pas se passer la pelle à la main, mais la posez par terre, la personne suivante faisait de même. Ou une seule personne ne la tenait.

Au moment, où le prêtre qui célébré l’enterrement, jetait sur le cercueil la première pelletée de terre, il pouvait voir dans son livre d’heures, le sort de la personne enterrée. Si l’âme du mort était sauvée ou perdue. Mais il lui est interdit de divulguer le secret, sous peine de prendre  fut-ce en enfer  la place du défunt. Aussi, lorsqu’il fermait tout de suite son livre, en quittant la tombe, et se dépêchait d’expédier le chant, c’est qu’il n’y a plus rien à faire : le mort était damné

Il  était aussi de tradition dans le pays, pour savoir si une âme est damnée ou non. Il suffit de se rendre, au sortir du cimetière, aussitôt après l’enterrement, dans un lieu élevé et découvert, d’où l’on ait vue sur une certaine étendue de pays. De là-haut, on crie le nom du mort par trois fois, dans trois directions différentes. Si une seule fois l’écho prolonge le son, c’est que l’âme du défunt n’est point damnée

Si les fleurs qu’on plaçait sur le lit où reposé le mort se fanaient dès qu’on les y posées, c’est que l’âme était damnée; si elles se fanaient qu’au bout de quelques instants, c’est que l’âme se trouvait en purgatoire, et plus elles mettent de temps à se faner, moins longue serait la pénitence.

Paulette Laguerre

1 Jour – 1 légende

Les Surnoms de  Gourbit

Cette histoire prend son cours dans notre petit village de Gourbit. Mon grand-père me l’a contée, il la tenait sans doute de son père ; qui la tenait…

Avant que je vous la conte à mon tour, il faut que vous sachiez comment vivaient nos arrières, arrière-grands-parents. Les communications étaient très difficiles. C’était encore plus évident pour la commune de Gourbit qui se trouvait au bout de la vallée et qui n’était sur aucune voie de communication. De plus  avant 1900 il n’y avait qu’un seul moyen d’accès pour arriver au village. A Rabat on empruntait un sentier très abrupt et très rocailleux sur lequel on se tordait les pieds sans arrêt et qui faisait trois bons km de montée ininterrompue. En plus ce chemin était bloqué pendant trois ou quatre mois d’hiver par deux mètres de neige, et les chasse-neige n’existaient pas à cette époque. Tout cela pour vous faire comprendre que nos ancêtres vivaient en autarcie quittant rarement le village et se mariant entre-eux. Beaucoup de personnes du village portaient le même nom, puis on y a ajouté le lieu de leur habitation, et plus tard des surnoms.

Voilà l’origine des surnoms de Gourbit :

L’Estèbe de la Carrière

Un cop !

 Plusieurs voisins s’étaient réunis, à la veillée « Al  Cantou »  (au coin du feu de cheminée) pour manger des châtaignes. Soudain le maître des lieux, le père Estèbe s’affaissa sans un mot, sans un soupir sur sa chaise. On courut quérir Monsieur le curé qui faisait aussi office de docteur. Il ne put que constater la mort du pauvre vacher.

Ce fut l’incrédulité totale  dans la famille. Le curé dut répéter plusieurs fois que l’Estèbe était bien mort. Personne n’avait vu la faucheuse venant annoncer la mort dans la maison, ni entendu le cri  la chouette, pas de  craquements de meubles. Le chien n’avait pas  aboyé à la mort, et aucun corbeau ne s’était posé sur le toit  en croassant trois fois. Il faut vous dire la « Dame à la dàlho (faux), tenait une grande place dans les croyances de la  vie quotidienne des Gourbitois   au siècle dernier. Bon  nombre de  ces peurs et légendes ont persisté même jusqu’à nos jours.

Selon la tradition dans la maison, le cérémonial commença : On lui ferma les yeux sur une autre lumière et les aiguilles de la pendule furent arrêtées au moment précis de sa mort. Les voisines firent la toilette mortuaire au père Estèbe et le revêtirent de ses plus beaux habits, son costume noubial (de noces). Un chapelet au bras droit, un crucifix entre les mains, son chapeau à ses pieds « pour dire bonjour à Saint Pierre », quelques pièces de monnaie pour payer son voyage au paradis. Sa chambre fut nettoyée, préparée pour les visites, puis les fenêtres fermées, les volets clos, les miroirs et glaces voilés.  Sur sa table de nuit, la veuve disposa une coupelle d’eau bénite de Pâques, avec un rameau de buis. Elle aspergea tous les meubles  en récitant une prière et alluma le  cierge de la Chandeleur. Quand tout fut fini les femmes se réunirent autour du lit pour  veiller le mort, et réciter des prières pour son salut.

Bien avant que le glas ne sonne « Las laissas » (les Regrets) neuf coups pour un homme, le fils de l’Estèbe, devenu nouveau maître de la maison alla à l’étable annoncer le deuil aux animaux. A la mort du maître, il appartenait au successeur de celui-ci d’aller avertir du deuil les bêtes et les ruches en prononçant solennellement les formules rituelles : « Lo Mestre es mort » ou « Vostre Mestre es mort », « Avetz un novel Mestre ». (Votre maître est mort vous avez un nouveau maître. Des voiles de crêpe noir étaient fixés au sommet des ruches ou au-dessus des portes d’étables.

Au matin dans la chambre du Gustou, ce fut le défilé de la famille et du voisinage pour se terminer par  bénédiction du curé.

Le lendemain matin la veuve et son fils et quelques membres de la famille assistèrent à la  mise en bière.  Monsieur le curé venait d’être appelé pour un nouveau décès.

Au moment où le fossoyeur, aidé du garde champêtre s’apprêtaient à soulever le cadavre, pour le poser dans le cercueil, le mort ouvrit les yeux et demanda :

— Qu’est-ce  qui se passe chez l’Estèbe ?  

Il eut dans la pièce un grand moment de panique, en voyant le mort se lever  et parler. Les femmes se sauvèrent chercher le curé. Seul resta dans la chambre le garde champêtre.

— Mon pauvre Estèbe nous te croyons  mort, non nous apprêtions à te mettre dans le cercueil.

— Non pas ici l’Estèbe de Naoudo.

C’était justement la personne du village où monsieur le curé venait de se rendre. Après un moment de stupeur et de nombreux signes de croix, le garde champêtre lui répondit :

— Le père Estèbe  vient d’être tué d’un coup de pied de mule,  à l’instant où tu es ressuscité.

— Cela ne me surprend pas, ajouta le vacher. Quand je suis arrivé la-haut, on m’a annoncé qu’il y avait erreur, ce n’était pas l’Estèbe  de la carrière, mais l’Estèbe de Naoudo qui devait mourir.

 Depuis cette date si vous consultez les registres de la commune de Gourbit,  vous lirez accolé au nom de la personne décédée un surnom.

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