
Sur ma droite Philippe Conte – Claudie Sologne – Gérard Pouliquen – Jacques Dejean.
Sans doute un repas de réveillon au foyer
Le temps de la fenaison
Et les enfants, avez-vous remarqué la grandeur du boucal (baie) de la grange ? Eh bien ! Elle servait aux hommes de la maison, d’entrer debout avec un immense fagot de foin sur le dos, après avoir grimpé un à en les barreaux de la grande échelle. Une bonne récolte de fourrage mettait leur bétail à l’abri jusqu’au printemps suivant.
Les temps de la fenaison cela ne vous dit pas grand chose. Cela ne se pratique plus de nos jours, tracteurs, emballeuses ont remplacé les bras. Ce travail s’avérait un labeur éreintant qui prenait beaucoup de temps. Dans les montagnes on commençait à faucher vers la mi-juin et se terminait à la fin août. Le foin ainsi descendu à dos d’hommes, servait à nourrir les animaux au cours du long hiver, lorsque les champs se couvrent d’une épaisse couche de neige. Toute la famille était mise à contribution, y compris les enfants.
Texte de Paulette Laguerre
Les Saisons, leurs coutumes et leurs légendes.
La plupart des coutumes sont issues de la nature, Nos ancêtres s’appliquaient à se les transmettre de génération en génération. Quels que soient les caprices de la mode, on les ignorait : Les coutumes se portaient dans le cœur, et non pas comme un vêtement.
Dans nos villages les saisons étaient multiples et décrivaient les odeurs, les couleurs de la nature. Oh ! Oui ! Le paysage a toujours été beau à toutes saisons, mais nos grands-parents ne trouvaient pas le temps de l’admirer. Dans les foyers, l’argent était rare, les épidémies nombreuses, nourrir ses enfants était un casse tête journalier. A cette époque, les choses étaient bien différentes, on ignorait les tracteurs. Les bras maniaient faux et râteaux, avec seul point de repaire l’astre solaire et les cloches de l’église sonnant heures, angélus, et parfois les glas pour porter en terre de pauvres gens usés par le travail.
Et oui, tout tournait autour de ces «temps de l’année » que ce soit le temps des semailles, celui des récoltes, des foins Pas surprenant que les saisons portent parfois des noms différents. C’est ici que l’importance de la nature prend tout son sens. Et plus encore, les saisons et la température jouaient un rôle primordial chez les agriculteurs, bergers, vachers de nos montagnes. En effet, les saisons définissaient les activités de chacun. Chaque saison apportait de tâches nouvelles : Les plus pénibles débutaient à la fonte des neiges, au printemps.
Le village s’éveillait telle une grosse ruche. Les villageois faisaient feu de toute part. L’on devait reprendre la nature en main, remettre chaque champ en état, de mauvaises terres gagnées sur la forêt ou les bouzigues de plus en plus hauts sur la montagne. Parfois ces champs étaient en terrasse, les gourbitois devaient en reconstruire sans cesse les murs de pierres. Et remonter au sommet, dans de grandes hottes, la terre que les pluies entraînaient vers le bas. Puis avant les semailles, c’était le tour de monter le fumier que des femmes allaient chercher à la « Pourcatière » et les cendres amassées tout au long de l’hiver dans la cheminée.
Texte de Paulette Laguerre
Légendes, superstitions et traditions d’un petit village d’Ariège
Gourbit, sy benes y demoros
Gourbit, si tu y viens, tu y restes.
Voilà une petite partie sortie de l’oubli des croyances de notre village.
Les Anciens avaient une originalité. On racontait beaucoup d’histoires, de contes, aux veillées, pigmentées par cet esprit caustique du pays, agrémentées de ces expressions patoises autour de l’âtre, assis sur les genoux du père ou du grand-père. Tandis que se consument les grosses bûches ou « Hestelles » de hêtre ou de frêne, sous le manteau de la bonne vieille cheminée, les enfants écoutaient en silence
Dans notre village isolé de montagnes, les soirées d’hiver avant l’arrivée de la télévision étaient longues. Alors qu’à l’extérieur il faisait bien froid, les familles se regroupaient le soir après leurs longues journées de labeur autour d’une cheminée. Ces réunions devenaient le domaine des contes et légendes, où de merveilleuses histoires se transmettaient de génération en génération. Nos ancêtres ont aimés ces récits, dont les superstitions, le diable et le curé y tenaient une grande place. Au fil des ans, ils les ont été embellis, modifiés par les conteurs, soit que leur mémoire infidèle ait oublié quelques passages ou que leur imagination se soit plue à y ajouter quelques détails. Aussi peut-être certaines légendes connaissent plusieurs variantes d’une maison à l’autre suivant les conteurs.
Aujourd’hui je vais essayer de les faire revivre à mon tour, car c’est servir son village d’en rappeler ce qui en à fait sa richesse. Mais, pour vous retransmettre à mon tour ce morceau de mémoire de nos ancêtres, je n’ai que ces pages blanches, Il manquera beaucoup de choses qui en faisaient la magie à l’époque : la veillée avec les voisins, le feu dans la cheminée, les châtaignes sous la cendre, et surtout patois…Alors imaginez : vous êtes assis sur une chaise basse, devant la cheminée où brûle une belle bûche.
Chut écoutez le pepi-bièl (Le Papi).
Connais-tu mon beau village,
Qui se berce au clair torrent ?
Loin du bruit de la grand-ville
Tout autour d’un vieux clocher
Il dresse des murs tranquilles
Dont rêvent ceux de la vallée
Connais-tu mon beau village,
Caché dans la verdure ?
Non ? – Alors, vite, viens – car …
Si tu viens dans mon village lorsque les toits blancs se confondent au blanc manteau du paysage ébloui par tant de pureté venant du ciel, tu parleras d’y venir ;
Si tu viens dans mon village lorsque le vert aux tons innombrables commence à le vêtir où les fleurettes s’ingéniant à le parer, où les oiseaux réveillent en concert les promeneurs attardés, alors tu parleras d’y retourner ;
Si tu viens dans mon village lorsque le soleil d’été conduit les pêcheurs sur les rives de son torrent ou sur les berges du Lac d’ARTAX à l’affût d’une belle prise et les promeneurs dans les sous-bois à la recherche des têtes noires de cèpes, où lorsque se déroulent le deuxième dimanche d’Août les traditionnelles fêtes, alors tu parleras d’y séjourner ;
Si tu viens dans mon village lorsque l’automne le pare de ses multiples couleurs, le paysage, le cadre changeant au fil des jours produiront un tel charme que tes yeux ne pourront se lasser de l’admirer, et qu’alors tu parleras d’y demeurer ;
Si tu viens dans mon village…, si ces quelques lignes t’ont donné le désir de le connaître et de subir son charme, je vais te dire son nom, tout doucement dans le creux de l’oreille comme un secret qu’on ne livre qu’à un ami
« G O U R B I T » !!!!
Juliette Laguerre